Livre de Poche, 2006, 350 pages
Gilbert Sinoué raconte l'histoire du Saint-Louis, paquebot allemand, sur lequel sont embarqués 937 Juifs allemands.
J'ignore si une fiche de lecture pourra représenter l'émotion qui a été la mienne en lisant ce livre. Ce n'est pas un roman, l'auteur s'étant appuyé sur des sources historiques. En même temps, ce n'est pas un livre d'histoire. Sinoué raconte une histoire, raconte l'histoire.
Nous sommes en 1939, à quelques mois du déclenchement du conflit. L'Allemagne est nazie depuis plusieurs années et sa propagande anti-juive, accompagnée d'actions violentes et de spoliations ont conduit la plupart des Juifs allemands dans la peur. Peur de la police, de la milice du parti, peur de tout, aussi.
la Nuit de Cristal est un énorme coup de semonces pour ces Juifs qui voient leurs amis, cousins, voisins être agressés dans la rue, lynchés, tués ou déportés dans les premiers camps de concentration. C'est le signal du départ. Et même s'ils n'ont plus rien, dépossédés de leurs entreprises, forcés de vendre leurs logements, interdits d'exercer leur métier, ils vont tout tenter pour quitter le pays et acheter un visa pour l'Amérique.
Au même moment, le ministre de la Propagande Goebbels organise le départ d'un groupe de Juifs, dans l'idée de démontrer au monde que le "problème juif" les désintéresse... ou qu'il s'agit d'un problème à régler.
A bord de ce navire, des couples, des familles, des êtres réduits au stade premier de la peur. Les quelques personnes libérées des camps en sont réduits à la peur du bruit.
Tous savent qu'au bout du voyage se trouvent la liberté et la vie. Mais tous savent que le bout du voyage n'est pas acquis. Et l'histoire leur a malheureusement donné raison.
Bateau pour l'enfer, ou bateau de la honte ? Honte des autorités cubaines qui refusent l'entrée du navire dans leur port, honte des autorités américaines qui refusent de faire pression, honte, finalement, du monde entier, qui se refuse à se préoccuper de ces réfugiés, chassés de chez eux, par un gouvernement allemand, qui, en plus, développe le désordre social à la Havane, afin de faire exercer une pression populaire sur le gouvernement.
Mais ce livre, est aussi l'histoire d'un commandant. Gustav Schröder, au contraire de ses compatriotes allemands, décide de se comporter vis-à-vis de ses passagers un peu particuliers, comme il le fait avec n'importe quel passager : courtoisie, accueil, allant même jusqu'à faciliter les règles rituelles de l'alimentation.
Refusé par de nombreux pays américains - et cela, malgré les visas américains des passagers et l'argent proposé par le Joint (American Jewish Joint Distribution Committee) - le Saint-Louis retourne vers l'Europe, dans une traversée ponctuée d'angoisse et de suicides. Pour aider ses passagers, le commandant Schröder est allé jusqu'à imaginer d'échouer son navire sur les côtes britanniques.
La fin du voyage est plutôt "heureuse" même si l'histoire des passagers se termine souvent mal. Les organisations juives parviennent à faire accueillir les passagers par les pays européens (France, Grande-Bretagne, Pays Bas, Belgique...), quelques semaines à peine avant l'entrée en guerre de ces mêmes pays, et quelques mois avant une occupation qui a conduit ces passagers dans ces camps qu'ils voulaient fuir.
vendredi 8 décembre 2006
samedi 2 décembre 2006
Sarkozy candidat : la qualité des journalistes version 1
Hier soir, jeudi 30 novembre, Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle (ou à l'investiture, mais apparemment, il l'a oublié) est passé sur France 2, dans l'émission d'Arlette Chabaud.
Je vais rapidement commenter sa prestation, car ce n'est pas aujourd'hui mon objectif.
Cet homme est tout simplement formidable. Tout ce qu'il dit est vrai, tout retombe sur ses pieds, c'est for-mi-dable ! comment ne pas être d'accord avec lui, avec ses "je veux", ses "trouvez-vous normal ...?"
Mais c'est surtout sur la qualité des journalistes, que je souhaiterais intervenir :
Je suis arrivé en cours d'émission, et j'ai entendu Serge Rafy, du Nouvel Observateur, poser ses questions. Je connaissais ses commentaires, plutôt intéressants, de l'émission d'I>télé, N'ayons pas peur des mots.
Mais là, j'avoue que je me suis demandé si le journaliste du Nouvel Obs était de taille à interroger un homme aussi formidable. On pourrait d'ailleurs en dire autant d'Arlette Chabaud. Et de même d'Alain Duhamel... Ces journalistes me donnent en effet l'impression d'être les "serveurs" de certains politiques... serveur comme celui qui lance la cible du Ball-trap, ou comme le joueur de football américain qui tient le ballon à celui qui va tirer au pied. Sont-ils là pour interroger ou pour donner la tirade à l'homme politique.
Aucune question n'était pertinente. Serge Rafy, déstabilisé ?, a parlé à Nicolas Sarkozy de la délinquance, et a abordé le sujet des empreintes génétiques. Sarkozy s'est alors vanté d'avoir fait passer ce fichier de 7 000 à 400 000 fiches, en reprenant ses exemples classiques de Guy Georges qui aurait été retrouvée, etc., etc. S'il y a 400 000 tueurs en France, répertoriés par la police, doit-on encore sortir dans la rue ?
Le site Internet du Nouvel Obs relatait pourtant, le 29 septembre dernier, l'histoire de Benjamin Deceuninck, 26 ans, jugé pour "refus, par personne condamnée pour délit, de se soumettre au prélèvement destiné à l'authentification de son empreinte génétique".
Ce "dangereux criminel", encore en liberté n'est pourtant qu'un militant anti-OGM , auquel la police a demandé son empreinte, après une arrestation pour avoir arraché des betteraves transgéniques. Loin du débat sur la légitimité - ou non - d'arracher des plans transgéniques, c'est surtout l'absence de répartie de Rafy à ce moment-là. La loi de 2003 sur la sécurité intérieure permet en effet à la police de recueillir ces empreintes pour "tout crime ou délit" ainsi que les contraventions de la 5e classe "sanctionnant un trouble à la sécurité ou la tranquillité publiques ou une atteinte aux personnes, aux biens, ou à l’autorité de l’Etat".
Autrement dit, on est loin des crimes de Guy Georges.
N'est-il pas regrettable de la part d'un journaliste du Nouvel Observateur, de n'avoir pas été capable de soulever ce problème devant le ministre qui a fait voter cette loi ? Ce n'est même pas du "travail à moitié", c'est donner la balle pour que Sarkozy fasse son cinéma.
Nous pourrons parler plus longuement de la qualité des journalistes.
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Je vais rapidement commenter sa prestation, car ce n'est pas aujourd'hui mon objectif.
Cet homme est tout simplement formidable. Tout ce qu'il dit est vrai, tout retombe sur ses pieds, c'est for-mi-dable ! comment ne pas être d'accord avec lui, avec ses "je veux", ses "trouvez-vous normal ...?"
Mais c'est surtout sur la qualité des journalistes, que je souhaiterais intervenir :
Je suis arrivé en cours d'émission, et j'ai entendu Serge Rafy, du Nouvel Observateur, poser ses questions. Je connaissais ses commentaires, plutôt intéressants, de l'émission d'I>télé, N'ayons pas peur des mots.
Mais là, j'avoue que je me suis demandé si le journaliste du Nouvel Obs était de taille à interroger un homme aussi formidable. On pourrait d'ailleurs en dire autant d'Arlette Chabaud. Et de même d'Alain Duhamel... Ces journalistes me donnent en effet l'impression d'être les "serveurs" de certains politiques... serveur comme celui qui lance la cible du Ball-trap, ou comme le joueur de football américain qui tient le ballon à celui qui va tirer au pied. Sont-ils là pour interroger ou pour donner la tirade à l'homme politique.
Aucune question n'était pertinente. Serge Rafy, déstabilisé ?, a parlé à Nicolas Sarkozy de la délinquance, et a abordé le sujet des empreintes génétiques. Sarkozy s'est alors vanté d'avoir fait passer ce fichier de 7 000 à 400 000 fiches, en reprenant ses exemples classiques de Guy Georges qui aurait été retrouvée, etc., etc. S'il y a 400 000 tueurs en France, répertoriés par la police, doit-on encore sortir dans la rue ?
Le site Internet du Nouvel Obs relatait pourtant, le 29 septembre dernier, l'histoire de Benjamin Deceuninck, 26 ans, jugé pour "refus, par personne condamnée pour délit, de se soumettre au prélèvement destiné à l'authentification de son empreinte génétique".
Ce "dangereux criminel", encore en liberté n'est pourtant qu'un militant anti-OGM , auquel la police a demandé son empreinte, après une arrestation pour avoir arraché des betteraves transgéniques. Loin du débat sur la légitimité - ou non - d'arracher des plans transgéniques, c'est surtout l'absence de répartie de Rafy à ce moment-là. La loi de 2003 sur la sécurité intérieure permet en effet à la police de recueillir ces empreintes pour "tout crime ou délit" ainsi que les contraventions de la 5e classe "sanctionnant un trouble à la sécurité ou la tranquillité publiques ou une atteinte aux personnes, aux biens, ou à l’autorité de l’Etat".
Autrement dit, on est loin des crimes de Guy Georges.
N'est-il pas regrettable de la part d'un journaliste du Nouvel Observateur, de n'avoir pas été capable de soulever ce problème devant le ministre qui a fait voter cette loi ? Ce n'est même pas du "travail à moitié", c'est donner la balle pour que Sarkozy fasse son cinéma.
Nous pourrons parler plus longuement de la qualité des journalistes.
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