Hier soir, mardi 6 février, François Bayrou était l'invité de Canal +. Pour ceux qui ne l'ont pas vu, ou qui n'ont pas vu cette petite scène au zapping, un humoriste de l'émission lui a offert une fleur, une rose rouge. Jean-Michel Apathie lui a fait remarquer que la rose était rouge, la rose socialiste. Ce à quoi Bayrou a répondu : "je suis parfois plus à gauche que Ségolène Royal"
C'est un souvenir lointain, un souvenir de 20 ans. Nous étions en 1986. Les élections étaient législatives. Et à Paris, la liste socialiste était menée par Lionel Jospin.
Je me souviens de ces trois autocollants du PS "votez Jospin"... je m'en souviens parce que je les ai encore. C'était un copain de ma soeur qui me les avait donnés, en même temps que ce disque de la chanson de Theodorakis "Changeons la vie", cette chanson de la campagne mitterrandienne "France socialiste,
Puisque tu existes
tout devient possible
ici et maintenant"
Que sont ces moments devenus. Que vont donc voter ces quasi-quadras qui votaient pour la première fois en 1986 et qui étaient heureux de mettre un bulletin socialiste dans l'urne ?
C'était il y a quelques jours, comme en tout bon repas qui se respecte, en ces temps politisés, le sujet est arrivé.
- Je ne sais pas pour qui voter. J'ai toujours voté à gauche. j'ai toujours voté socialiste. Mais Ségolène, je ne peux pas... ce n'est pas possible. Je ne me reconnais pas en elle... et puis... Honnêtement, elle... elle n'a rien à dire. Et de l'autre côté... Sarkozy... c'est hors de question. je ne sais pas du tout pour qui je vais voter !
- Oui, je suis d'accord avec toi. Mais... explique-moi pourquoi tu réduis ton choix à ces deux-là ? Déjà, on ne connaît pas encore la liste de tous les candidats... et surtout, cette campagne va nous réserver quelques surprises...
- Oui, mais ça semble plutôt tracé...
- Je te coupe ! Tracé comment ? C'est parce que les media et autres instituts de sondages nous imposent ce choix depuis le départ... Sarkozy 52% - Royal 48% et la semaine prochaine l'inverse, que c'est comme ça que ça doit se passer ? Je ne suis pas d'accord !
- Mais ...?
- Bayrou... Moi, je parie sur Bayrou.
- Bayrou... Je ne sais pas...
- Bayrou, il est centriste, et appelle à lui ceux de droite et ceux de gauche...
- Mais, tu ne le trouves pas trop... calme ?
- Calme ? Peut-être... Enfin, surtout le calme d'un bon père de famille, capable de penser à ses enfants, de gérer dignement les finances de la famille, de regarder vers l'avenir, et de donner la juste claque.
- C'est finalement peut-être ce qu'il nous faut...
Dialogue bon enfant. Démagogique ? C'est à peu de choses près ce qui s'est vraiment dit.
Tout ça pour dire, qu'à mon avis, ce n'est pas un virement à droite de nombreuses personnes qui ont voté à gauche jusqu'à nos jours. Non ! Il s'agit d'un problème socialiste, incapable de choisir la voix moderne de la social-démocratie. D'un parti qui a choisi le "pire", jusqu'à dégoûter -non pas des sympathisant mais- ses propres militants. Ce n'est donc pas un virement à droite que certains autour de moi, se préparent à faire. C'est un suivi de leurs idées que leur parti préféré a été incapable de revendiquer.
Mais c'est aussi un raisonnement. Pas un ralliement par défaut, mais un simple raisonnement. Ils écoutent, ils l'écoutent, et finalement, ils se rendent compte que Bayrou, élabore un projet de société, avant de présenter, progressivement, un projet politique.
Un projet de société centriste, loin d'être mou. Centriste, en défendant l'entreprise tout en défendant le travailleur. Centriste, en défendant les finances publiques, tout en defendant notre système social. Centriste, en accedant aux demandes des homosexuels sans porter atteinte à ce qui compte pour les plus traditionnalistes d'entre nous.
Centriste, finalement, c'est trouver des solutions pour satisfaire tout le monde, sans monter les gens les uns contre les autres. C'est peut-être ça dont notre pays a besoin.
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